Le No Spend Challenge

J’ai décidé fin 2019 de mettre en place ce qu’on appelle outre-Atlantique le « No Spend Challenge ». J’en entendais parler depuis des mois, ça me paraissait assez fou et en même temps, quand je comparais à ma situation personnelle, je me disais de plus en plus souvent… pourquoi pas ?

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C’est quoi, au juste ?

Si tu n’as jamais entendu parler de No Spend Challenge, c’est un peu normal. Déjà parce que ce n’est pas très courant en France, et en plus, parce que ce n’est pas courant tout court. En effet, le No Spend Challenge, ou No Spend tout court, ou Objectif Zéro Dépenses, c’est le fait de… ne rien acheter. Globalement. On peut bien sûr l’adapter, inclure ou exclure des catégories de dépenses selon son bon vouloir, mais l’idée est d’en éliminer un maximum pour un temps donné et de s’y tenir. Alors, pourquoi on n’en entend pas forcément parler ? Pour plusieurs raisons, tu t’en doutes bien.

Une des premières, c’est tout simplement que l’on vit dans une société de consommation, voire de surconsommation. Nous gagnons de l’argent pour le dépenser, et si possible, puisqu’on travaille assez dur pour le gagner, l’idée est de le dépenser dans des biens ou services supposés nous simplifier la vie ou tout en cas, nous la rendre meilleure. C’est tout le jeu du marketing et de la publicité : aiguiser le désir, aiguillonner la pulsion d’achat, créer une envie, la transformer en besoin, nous pousser à dépenser toujours plus. Le contre-pied de cette tendance à l’achat facile et presque (si j’ose dire) banalisé, automatisé, c’est le No Spend. C’est se dire « non, je ne dépenserai pas à tout-va, je ferai autrement ».

La seconde idée, c’est que cela questionne notre rapport à la société, à notre entourage aussi, à nos habitudes. C’est oser se retrouver dans la situation où l’on refuse un énième restaurant entre amis, où l’on débranche téléphone et pc le jour du Black Friday, où l’on se creuse les méninges pour remplacer un vêtement en fin de vie sans passer à la caisse d’une grande chaîne de prêt-à-porter, où l’on se force à cuisiner un soir de grosse fatigue plutôt que de passer une commande. Ce n’est pas facile, et cela peut rapidement même devenir compliqué.

Enfin, la dernière notion qui rend ce challenge touchy, c’est que cela représente le quotidien et la réalité de millions de personnes (et là, encore, je suis gentille). Même en France, il y a énormément de personnes qui n’ont de toute façon pas le choix et ne se questionnent pas. Si elles ont faim, elles sont obligées de cuisiner elles-mêmes. Si un vêtement s’abîme, elles n’ont pas la possibilité d’en racheter un neuf. Quand arrive le Black Friday, elles ne peuvent pas se permettre la moindre dépense. Elles ne refusent pas un énième restaurant entre amis, elles refusent tous les restaurants, tout le temps. Ce qui peut être un challenge ou un test pour certains d’entre nous, est un mode de vie subi par d’autres à longueur d’année.

Mais, pourquoi le faire ?

Je ne viendrais pas dire à qui que ce soit pourquoi il devrait réaliser ce challenge, mais je pense honnêtement que ça ne fait de mal à personne de le tenter, même sur un mois. J’énumère juste les raisons qui m’ont poussé à le faire pour tout 2020.

  1. Ca ne me paraissait pas si compliqué. En effet, je me considérais déjà comme une acheteuse assez raisonnable, donc je n’avais pas l’impression de me lancer dans une entreprise trop gourmande.
  2. J’avais envie de me positionner face à la société. J’avais envie de voir dans quelles conditions cela allait être difficile pour moi de dire non, dans quelles situations j’allais éventuellement ressentir de la frustration, où j’allais pouvoir faire preuve de créativité pour trouver des solutions alternatives.
  3. J’avais envie de remplir mes objectifs financiers. J’avais un objectif financier pour 2020 que j’ai atteint en quelques mois, du coup je m’en suis fixé d’autres et ainsi de suite. Le No Spend était une façon de réussir à le réaliser en diminuant mes dépenses, voire en les supprimant complètement.

Et ça se passe comment concrètement ?

Je ne crois pas qu’il y ait un guide pour le No Spend ni de règles prédéfinies absolues. Le but est de supprimer les dépenses non-essentielles et de faire autrement si besoin est. Evidemment, tu vas continuer à payer ton loyer, tes crédits, tes factures. Tu vas continuer à manger et à faire des courses, à te déplacer, et entretenir ton vélo ou ta voiture ou peu importe.

Par contre, le coiffeur tous les mois, ou le brunch du dimanche matin, ou les bonbons lors des courses, ça fait partie des dépenses à questionner et pour lesquelles le but est de s’interroger sur leur valeur, leur intérêt, et sur le fait qu’il existe peut-être des alternatives moins coûteuses voire gratuites (ex : se couper les cheveux soi-même ou demander à quelqu’un de son entourage, bruncher les uns chez les autres à tour de rôle en préparant soi-même nourriture et boissons, abandonner tout simplement les bonbons…). Et peut-être tout simplement que les abandonner peut permettre de revenir à l’essentiel, de se rendre compte de mécanismes et d’habitudes dont on peut facilement se défaire sans regret.

Il existe autant de façons de le réaliser qu’il existe de personnes. Certains sont extrêmes et suppriment toute dépense de toute sorte (pas de loyer, pas de factures, pas de courses, rien). D’autres vont incorporer les cadeaux dans les catégories interdites de dépenses, d’autres non. Certains vont y inclure les voyages, d’autres pas. Certains vont le faire sur une seule semaine, certains un mois, d’autres six, ou sur une année.

L’idée n’est pas ici d’imposer quoi que ce soit, mais juste de te présenter quelque chose que tu n’as peut-être jamais envisagé et de te proposer d’essayer. Si ça te dit, prends une feuille, liste ce que tu aimerais conserver, ce que à quoi tu pourrais renoncer et pendant combien de temps, et lance-toi ! N’oublie pas de noter aussi les alternatives possibles, ce que tu ressens tout au long de ce challenge de positif et de moins positif, quelle que soit sa durée. Le but n’est pas de se priver, mais bien de se questionner, soi et son rapport à l’argent, soi et son rapport à la dépense, soi et son rapport à l’entourage, à la société et à leurs incitations.

Tu penses te lancer ? Que vas-tu exclure de tes dépenses ? Quelles sont tes idées pour remplacer ces éléments ? Tu as déjà tenté ? Qu’est-ce que l’expérience t’a apporté ?

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